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Architecture
Le Val de Loire est le plus souvent associé à la période de la Renaissance. La construction des châteaux a toutefois commencé bien avant le XVIe siècle et a duré jusqu’au XIXe.
Fleuve frontière, la Loire est d’abord hérissée de places fortes dont beaucoup exploitent des sites naturels de défense. Disparus à Amboise, Blois ou Chinon, les puissants donjons de l’An Mil et du XIe siècle subsistent à Langeais, Loches et Montrichard.
Dès le XIVe siècle à Saumur, et au siècle suivant à Angers, les princes transforment leurs austères forteresses en cadres de vie agréables. Entre 1450 et 1470, les châteaux forts d’Ussé, de Châteaudun, de Chaumont-sur-Loire et de Montsoreau deviennent, à leur tour, des châteaux résidence. Jean Bourré construit à la même époque deux châteaux de conception opposée : pour le roi, le château de Langeais, encore muni de tours défensives, et, pour lui-même, le Plessis-Bourré, au plan régulier et doté d’un plaisant logis en fond de cour.
Le règne de Louis XI favorise l’effet bicolore de la construction « brique et pierre » que l’on retrouve au Plessis, près de Tours et au Clos-Lucé, à Amboise.
A partir de la fin du XVe siècle, les Français sont séduits par les jardins des Italiens plus que par leur architecture antiquisante, jugée trop savante. Ils s’imprègnent de leurs motifs pour introduire un nouveau répertoire décoratif.
Motif central du château français, la tour d’escalier est encore une traditionnelle vis hors-oeuvre à Blois, dans l’aile François Ier, en dépit du décor italianisant et du plan polygonal. Elle se métamorphose à Chambord par le génie de Léonard de Vinci qui l’implante au cœur de l’édifice et la dote d’une double révolution. Bientôt est adopté le modèle d’escalier italien, rampe sur rampe à volées droites, ouvert de loggias à Azay-le-Rideau et disposé au milieu du bâtiment à Chenonceau.
Dès 1532, le château de Villandry s’orne de pavillons d’angles plus fonctionnels que les tours rondes. Les bâtards ou les officiers royaux en quête de légitimité conservent toutefois dans leur nouvelle demeure le « donjon » hérité du Moyen Age, comme Dunois à Châteaudun, Gilles Berthelot à Azay-le-Rideau et Thomas Bohier à Chenonceau.
L’architecture du XVIIe siècle a également marqué de son empreinte le Val de Loire. Le château de Cheverny apparaît comme une construction classique parfaitement symétrique qui exacerbe le modèle français de la construction à cinq corps : un avant-corps central et deux ailes latérales flanquées de pavillons. La même configuration inspire Mansart pour l’aile Gaston d’Orléans du château de Blois.
La galerie des Illustres à Beauregard, les plafonds peints de scènes mythologiques ou bibliques à Brissac ou les vues de demeures royales à Gizeux, sur le modèle de Fontainebleau, attestent du développement sans précédent du grand décor peint.
Au XVIIIe siècle, s’exprime un nouveau souci d’ouverture sur l’extérieur : à Ussé, à Villandry ou à Chaumont-sur-Loire, l’aile nord est abattue pour ouvrir la cour sur le paysage. Au début du siècle suivant, il en sera de même au château d’Amboise.
Après la tourmente révolutionnaire, les châteaux connaissent une nouvelle heure de gloire au XIXe siècle. Avec le chemin de fer et la vogue des villégiatures, les anciens et nouveaux aristocrates font reconstruire ou restaurer leurs demeures, maisons de campagne en Touraine ou pavillons de chasse en Sologne. En 1830, le château de Courtalain offre un exemple précoce de donjon néo-gothique sur le modèle anglais. D’anciennes forteresses revisitent leur passé, comme Montrésor, en Touraine, avec l’héritage polonais importé par le comte Xavier Branicki.
Le XXe siècle est surtout marqué par le regain d’intérêt pour les jardins. L’œuvre pionnière du Dr Carvallo, créant à partir de 1910 à Villandry des jardins d’esprit Renaissance, a guidé plus tard, toujours en Touraine, les propriétaires des châteaux de Chenonceau, de Valmer et de La Chatonnière.
Possessions des plus grandes familles – d’Amboise (Chaumont), d’Harcourt (Montreuil-Bellay), Castellane (Villandry), Beauvau (Le Rivau), Talleyrand-Périgord (Valençay), Montmorency (Courtalain) – petits et grands châteaux de la Loire témoignent d’un millénaire d’art et d’histoire.
